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Aidants familiaux : droits, congés et compensation financière

Droits des aidants familiaux, congé de proche aidant, allocation journalière et reconnaissances légales.

Les aidants familiaux bénéficient en France de droits spécifiques pour accompagner un proche en perte d’autonomie sans sacrifier leur vie professionnelle ni leur santé financière. Depuis 2020, le congé de proche aidant est indemnisé via l’Allocation Journalière du Proche Aidant (AJPA), versée par la CAF ou la MSA. Ces dispositifs restent pourtant méconnus : moins de 30 % des aidants éligibles y recourent effectivement.

Qui est reconnu comme aidant familial en France ?

La loi du 28 décembre 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement a posé les premières bases d’une reconnaissance officielle. Depuis, la définition s’est élargie.

Est reconnu comme proche aidant toute personne qui vient en aide, de manière régulière et fréquente, à un proche en situation de handicap ou de perte d’autonomie. Le lien peut être familial, mais pas obligatoirement.

Sont concernés :

  • Le conjoint, partenaire de PACS ou concubin
  • Un ascendant, descendant ou collatéral jusqu’au 4e degré
  • Un ascendant, descendant ou collatéral du conjoint, jusqu’au 4e degré
  • Toute personne résidant avec la personne aidée ou entretenant des liens étroits et stables

La personne aidée doit présenter un handicap ou une perte d’autonomie d’une particulière gravité. En pratique, cela inclut les personnes classées en GIR 1 à 4 selon la grille GIR : les 6 niveaux de dépendance et leur évaluation.

En 2025, on estime à 11 millions le nombre d’aidants familiaux en France. Parmi eux, 4 millions exercent simultanément une activité professionnelle.

Quels sont les droits concrets des aidants familiaux ?

Les droits des aidants familiaux se déclinent en plusieurs catégories : droits dans l’emploi, droits à une compensation financière, et droits à la formation et au répit.

Quels droits dans la vie professionnelle ?

Le congé de proche aidant est le dispositif phare. Tout salarié peut y prétendre sous conditions :

  • Avoir au moins 1 an d’ancienneté dans l’entreprise
  • Aider un proche répondant à la définition légale
  • Ne pas avoir bénéficié de plus de 3 mois de congé de proche aidant au cours de sa carrière (durée maximale cumulée)

Ce congé peut être pris de trois façons :

  • En temps plein (suspension totale de l’activité)
  • En temps partiel
  • Sous forme de jours fractionnés

D’autres dispositifs existent en parallèle :

  • Le don de jours de repos : un collègue peut céder ses jours de RTT ou de congés payés non pris
  • Le congé de solidarité familiale : pour accompagner un proche en fin de vie (3 mois maximum)
  • Le télétravail : droit renforcé pour les aidants depuis 2022, sous réserve d’accord de l’employeur

Quels droits à la retraite pour les aidants ?

L’aidant qui réduit ou interrompt son activité professionnelle subit souvent une perte de revenus qui impacte ses droits à la retraite. Plusieurs mécanismes compensent partiellement cette situation :

  • La majoration de durée d’assurance (MDA) : sous conditions, des trimestres peuvent être accordés pour les périodes d’aide
  • L’Assurance Vieillesse des Aidants (AVA) : depuis 2020, les aidants peuvent bénéficier d’une affiliation gratuite à l’Assurance Vieillesse du Régime Général, permettant de valider jusqu’à 4 trimestres par an
  • Le compte professionnel de formation (CPF) : les aidants en congé conservent leurs droits à la formation

Combien rapporte l’Allocation Journalière du Proche Aidant (AJPA) ?

L’AJPA est la principale compensation financière prévue pour les aidants qui cessent ou réduisent leur activité professionnelle pendant le congé de proche aidant.

Montants 2025 :

Situation de l’aidantMontant journalier 2025
Personne vivant en couple64,54 €
Personne vivant seule77,45 €
Nombre de jours maximum66 jours sur l’ensemble de la carrière

Exemple concret n°1 : Marie, 48 ans, salariée en couple, prend 22 jours de congé de proche aidant pour s’occuper de sa mère classée GIR 2. Elle perçoit 22 × 64,54 € = 1 419,88 € nets de la CAF, exonérés d’impôt sur le revenu.

Exemple concret n°2 : Patrick, 55 ans, célibataire, utilise son congé en jours fractionnés sur 3 mois. Il cumule 40 jours d’AJPA à 77,45 €, soit 3 098 € perçus sur la période, tout en maintenant un mi-temps dans son entreprise.

L’AJPA est versée par la CAF pour les salariés du secteur privé et les travailleurs indépendants, et par la MSA pour les agriculteurs. La demande se fait en ligne sur le site de la CAF, avec un délai de traitement moyen de 15 jours.

À noter : les 66 jours sont un plafond sur toute la vie professionnelle, quel que soit le nombre de proches aidés. C’est une contrainte forte que peu d’aidants connaissent avant d’entamer leurs démarches.

Quelles aides financières complémentaires pour les aidants ?

Au-delà de l’AJPA, d’autres dispositifs permettent de soulager financièrement les aidants familiaux.

L’APA : une aide pour le proche aidé, un soulagement pour l’aidant

L’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) est versée à la personne dépendante, mais elle finance des services qui allègent directement le quotidien de l’aidant. Elle peut couvrir :

  • Des heures d’aide à domicile
  • Des équipements d’adaptation du logement
  • Des séjours en accueil de jour ou en hébergement temporaire

Pour en savoir plus sur cette aide essentielle, consultez notre tutoriel : comment faire une demande d’APA en ligne étape par étape.

Exemple concret n°3 : Sylvie aide son père de 82 ans, classé GIR 3. Grâce à l’APA, un auxiliaire de vie intervient 15 heures par semaine. Sylvie peut ainsi maintenir son emploi à temps plein. Sans cette aide, elle aurait dû réduire son activité de 40 %, soit une perte estimée à 800 € nets par mois.

Les aides au répit

Depuis 2016, un droit au répit est inscrit dans la loi. Il permet à l’aidant de souffler sans abandonner son proche :

Le plafond annuel de l’aide au répit est de 534,06 € en 2025, versé dans le cadre du plan d’aide APA.

Les aides des caisses de retraite et mutuelles

Certaines caisses de retraite (CNAV, AGIRC-ARRCO) proposent des aides spécifiques pour les aidants :

  • Financement partiel de séjours de répit
  • Soutien psychologique
  • Ateliers de formation pour mieux accompagner son proche

Il est conseillé de contacter sa caisse de retraite directement pour connaître les dispositifs locaux disponibles.

Comment bénéficier du statut d’aidant familial : les démarches étape par étape

Obtenir la reconnaissance de son statut et accéder aux droits associés demande quelques démarches administratives.

Pour le congé de proche aidant et l’AJPA :

  1. Informer son employeur par lettre recommandée avec AR, au moins 1 mois à l’avance (sauf urgence)
  2. Joindre un document prouvant le lien avec la personne aidée (acte de naissance, attestation sur l’honneur…)
  3. Joindre un document attestant de la situation de la personne aidée (notification APA, carte d’invalidité, certificat médical…)
  4. Déposer la demande d’AJPA sur le site de la CAF ou de la MSA
  5. Renouveler la demande chaque mois si le congé se prolonge

Pour l’Assurance Vieillesse des Aidants (AVA) :

  1. Vérifier son éligibilité (ne pas exercer d’activité professionnelle à temps plein)
  2. Contacter la CARSAT ou la CNAV de sa région
  3. Fournir les justificatifs de la situation de la personne aidée

Quelles différences selon le statut professionnel de l’aidant ?

Les droits varient selon que l’aidant est salarié, fonctionnaire, indépendant ou sans emploi.

Statut de l’aidantCongé de proche aidantAJPAAVA
Salarié secteur privéOui, sous conditions d’anciennetéOuiOui si réduction d’activité
Agent de la fonction publiqueOui (dispositif équivalent)OuiOui
Travailleur indépendantOuiOuiOui
Chômeur indemniséNon applicableNon (pas d’activité à suspendre)Oui
Sans emploi non indemniséNon applicableNonOui

Les fonctionnaires disposent d’un dispositif proche mais géré différemment : le congé de proche aidant dans la fonction publique est accordé par l’administration, sans condition d’ancienneté mais avec un plafond identique de 3 mois.

Pourquoi anticiper la dépendance de son proche protège aussi l’aidant ?

Être aidant familial a un coût humain et financier souvent sous-estimé. Selon une étude de la DREES publiée en 2024, un aidant sur trois déclare avoir subi une perte de revenus significative, et un sur cinq a dû renoncer à une promotion ou à une évolution de carrière.

Anticiper la dépendance de son proche, notamment via une assurance dépendance souscrite en amont, réduit considérablement la pression sur l’aidant. Lorsque la personne âgée dispose d’une rente dépendance, elle peut financer des aides professionnelles et réduire le recours à l’aidant informel.

Pour comprendre comment ces contrats fonctionnent, consultez notre article sur comment fonctionne une assurance dépendance. Et pour évaluer le niveau de dépendance de votre proche, notre guide sur comment évaluer le niveau de dépendance avec la grille AGGIR vous sera utile.

L’aidant lui-même peut aussi anticiper sa propre situation en souscrivant un contrat dépendance. Cela évite à ses propres enfants de se retrouver dans la même situation dans quelques années.

Ce que les aidants oublient souvent de réclamer

Plusieurs droits restent systématiquement sous-utilisés faute d’information :

  • Le crédit d’impôt pour emploi à domicile : 50 % des dépenses engagées pour financer une aide à domicile pour le proche, dans la limite de 12 000 € par an
  • La déduction fiscale des frais d’hébergement : si le proche est en EHPAD, une partie des frais peut être déduite des impôts de l’aidant sous conditions
  • Les plateformes de soutien aux aidants : France Alzheimer, ADMR, et les CLIC (Centres Locaux d’Information et de Coordination) offrent un accompagnement gratuit
  • Le bilan de santé de l’aidant : depuis 2022, les aidants peuvent bénéficier d’un bilan de santé renforcé pris en charge par l’Assurance Maladie

Questions fréquentes

Peut-on cumuler le congé de proche aidant avec d’autres congés ?

Oui, le congé de proche aidant peut être précédé ou suivi d’autres congés légaux (congés payés, RTT). En revanche, il ne peut pas être cumulé simultanément avec un congé parental ou un congé de présence parentale. L’AJPA, elle, ne peut pas être versée si l’aidant perçoit déjà des indemnités journalières de la Sécurité Sociale.

L’employeur peut-il refuser le congé de proche aidant ?

Non. Le congé de proche aidant est un droit opposable à l’employeur depuis la loi de 2019. L’employeur ne peut pas le refuser, mais peut en reporter le début de 1 mois maximum pour des raisons d’organisation. Il ne peut exiger aucune justification médicale détaillée sur l’état de santé du proche.

L’AJPA est-elle imposable ?

Non. L’Allocation Journalière du Proche Aidant est totalement exonérée d’impôt sur le revenu depuis sa création en 2020. Elle n’est pas non plus soumise à cotisations sociales. Elle n’entre donc pas dans le calcul du revenu fiscal de référence.

Que se passe-t-il si le proche aidé est hospitalisé pendant le congé ?

Si la personne aidée est hospitalisée pour une durée supérieure à 3 jours, l’aidant doit en informer la CAF. Le versement de l’AJPA peut être suspendu pendant la durée de l’hospitalisation, mais les jours non consommés sont conservés dans le quota des 66 jours. L’aidant peut demander la suspension de son congé et reprendre son activité professionnelle.

Les aidants familiaux ont-ils droit à une formation spécifique ?

Oui. Les aidants peuvent accéder à des formations gratuites financées par la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie), notamment via les CLIC et les plateformes de répit. Ces formations portent sur les gestes de soin, la communication avec une personne atteinte de troubles cognitifs, ou encore la gestion du stress. Le CPF peut également financer certaines formations certifiantes liées à l’accompagnement des personnes dépendantes.

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