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Comment évaluer le niveau de dépendance GIR 1 à 6 et ses conséquences sur les aides

Comment évaluer le niveau de dépendance GIR 1 à 6 et ses conséquences sur les aides

La dépendance est une réalité que de nombreuses familles françaises affrontent, souvent sans y être préparées. Pour organiser les aides et les soins, les pouvoirs publics ont mis en place un système d’évaluation standardisé : la grille AGGIR, qui classe les personnes âgées en six niveaux de dépendance, appelés GIR (Groupes Iso-Ressources). Comprendre ces niveaux est essentiel pour accéder aux bonnes aides, anticiper les coûts et prendre les bonnes décisions pour soi ou pour un proche.

Qu’est-ce que la grille AGGIR et les niveaux GIR ?

La grille AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources) est l’outil officiel utilisé en France pour évaluer le degré de perte d’autonomie des personnes âgées. Elle a été créée dans les années 1990 et est devenue la référence légale pour l’attribution de l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) depuis la loi du 20 juillet 2001.

Cette grille classe les personnes en six niveaux de dépendance, du GIR 1 (dépendance totale, la plus sévère) au GIR 6 (personne autonome, sans aide nécessaire). Chaque niveau correspond à un profil de besoins précis et conditionne le montant des aides publiques auxquelles la personne peut prétendre.

L’évaluation est réalisée par une équipe médico-sociale mandatée par le Conseil Départemental, généralement composée d’un médecin et d’un travailleur social. Elle peut également être effectuée par le médecin coordinateur d’un EHPAD lors d’une entrée en établissement.

Pour approfondir les bases de cet outil, vous pouvez consulter notre guide complet sur l’évaluation avec la grille AGGIR.


Les variables discriminantes de la grille AGGIR

L’évaluation repose sur 17 variables, divisées en deux catégories :

Les 10 variables discriminantes (qui déterminent le GIR)

Ces variables portent sur les activités corporelles et mentales réalisées seul, spontanément, totalement et correctement :

  • Cohérence : capacité à communiquer et à se comporter de façon sensée
  • Orientation : capacité à se repérer dans le temps et dans l’espace
  • Toilette : se laver seul (haut et bas du corps)
  • Habillage : s’habiller, se déshabiller, choisir ses vêtements
  • Alimentation : se servir et manger seul
  • Élimination : gérer l’hygiène urinaire et fécale
  • Transferts : se lever, s’asseoir, se coucher
  • Déplacement intérieur : se déplacer dans son logement
  • Déplacement extérieur : sortir du domicile
  • Communication à distance : utiliser un téléphone, une sonnette, alerter

Les 7 variables illustratives (non discriminantes pour le GIR)

Ces variables concernent des activités comme la gestion administrative, la cuisine, le ménage ou les achats. Elles n’entrent pas dans le calcul du GIR mais permettent d’affiner le plan d’aide.

Pour chaque variable discriminante, la personne est notée selon trois modalités :

  • A : fait seul, spontanément, totalement, correctement
  • B : fait partiellement ou non spontanément
  • C : ne fait pas

Description détaillée des six niveaux GIR

GIR 1 : dépendance totale et sévère

Le GIR 1 correspond aux personnes confinées au lit ou en fauteuil, dont les fonctions mentales sont gravement altérées et qui nécessitent une présence continue d’intervenants. Ces personnes sont totalement dépendantes pour tous les actes essentiels de la vie.

Exemple concret : Mme Dupont, 87 ans, est atteinte d’une démence sévère de type Alzheimer au stade avancé. Elle ne reconnaît plus ses proches, ne peut plus s’alimenter seule, est incontinente et reste alitée. Elle nécessite une surveillance 24h/24.

GIR 2 : grande dépendance

Le GIR 2 regroupe deux profils distincts :

  • Les personnes confinées au lit ou en fauteuil dont les fonctions mentales ne sont pas totalement altérées, mais qui nécessitent une aide pour la majorité des activités
  • Les personnes dont les fonctions mentales sont altérées mais qui ont conservé leurs capacités de déplacement

Exemple concret : M. Bernard, 79 ans, a subi un AVC sévère. Il se déplace en fauteuil roulant, a des troubles de la parole et de la compréhension, et ne peut effectuer seul ni sa toilette ni son habillage. Il a besoin d’aide plusieurs fois par jour.

GIR 3 : dépendance partielle importante

Le GIR 3 concerne les personnes qui ont conservé leur autonomie mentale et parfois leur déplacement, mais qui nécessitent plusieurs fois par jour des aides pour les soins corporels.

Exemple concret : Mme Martin, 82 ans, souffre d’une maladie de Parkinson modérée. Elle peut marcher avec un déambulateur mais a besoin d’aide pour sa toilette complète et son habillage. Elle gère encore ses repas si les aliments sont préparés.

GIR 4 : dépendance partielle

Le GIR 4 est le niveau le plus fréquent parmi les bénéficiaires de l’APA. Ces personnes n’assument pas seules leurs transferts ou n’ont pas de déplacement stable, mais peuvent effectuer certains actes quotidiens. Elles ont besoin d’aide pour la toilette et les repas.

Exemple concret : M. Lefebvre, 76 ans, est diabétique avec des problèmes cardiaques. Il peut se déplacer lentement dans son appartement mais a besoin d’aide pour sa toilette du bas, la préparation des repas et la prise de médicaments. Une aide à domicile intervient deux fois par jour.

GIR 5 : dépendance légère

Le GIR 5 concerne les personnes qui assurent seules leurs déplacements intérieurs, s’alimentent et s’habillent, mais ont besoin d’une aide ponctuelle pour la toilette, la préparation des repas ou le ménage.

GIR 6 : autonomie totale

Le GIR 6 correspond aux personnes âgées qui n’ont pas perdu leur autonomie pour les actes discriminants. Elles peuvent avoir besoin d’aide pour des tâches ménagères ou administratives, mais elles sont considérées comme autonomes au sens de la grille AGGIR.


Les conséquences directes du GIR sur les aides financières

L’APA : l’aide centrale conditionnée par le GIR

L’Allocation Personnalisée d’Autonomie est la principale aide publique liée au niveau GIR. En 2025, seuls les GIR 1 à 4 ouvrent droit à l’APA. Les GIR 5 et 6 n’y sont pas éligibles.

Les plafonds mensuels de l’APA à domicile en 2025 sont les suivants :

Niveau GIRPlafond mensuel APA à domicile (2025)
GIR 11 866,20 €
GIR 21 517,40 €
GIR 31 093,80 €
GIR 4730,40 €

Ces plafonds sont revalorisés chaque année. La somme effectivement versée dépend des ressources de la personne : une participation financière (ticket modérateur) est calculée en fonction des revenus. Pour une personne avec moins de 837 € de revenus mensuels, la participation est nulle. Au-delà de 3 317 € mensuels, elle peut atteindre 90 % du plan d’aide.

Pour tout savoir sur le fonctionnement de cette aide, consultez notre guide sur comment fonctionne l’APA.

L’APA en établissement (EHPAD)

Pour les personnes en EHPAD, l’APA est versée directement à l’établissement pour couvrir une partie du tarif dépendance. En 2025, les montants forfaitaires varient selon le GIR :

  • GIR 1 et 2 : environ 22,73 € par jour (tarif national de référence)
  • GIR 3 et 4 : environ 14,57 € par jour
  • GIR 5 et 6 : environ 6,41 € par jour (tarif minimal, non APA)

Ces montants sont directement déduits de la facture de l’EHPAD. Pour comprendre l’ensemble des coûts liés à l’hébergement en établissement, vous pouvez lire notre article sur le coût d’un EHPAD en France.

Les autres aides influencées par le GIR

Au-delà de l’APA, le niveau GIR peut influencer l’accès à d’autres dispositifs :

L’Aide Sociale à l’Hébergement (ASH) : Cette aide du Conseil Départemental pour financer l’hébergement en EHPAD n’est pas directement conditionnée par le GIR, mais la reconnaissance d’un niveau GIR 1 à 4 facilite souvent les démarches. Pour en savoir plus, consultez notre guide sur les conditions pour bénéficier de l’ASH.

Les aides des caisses de retraite : Pour les GIR 5 et 6, les caisses de retraite (notamment la CNAV) proposent des aides spécifiques via le plan d’action personnalisé (PAP), qui peut financer des heures d’aide à domicile ou des équipements d’adaptation du logement.

Les exonérations fiscales : Quelle que soit le GIR, les dépenses d’aide à domicile ouvrent droit à un crédit d’impôt de 50 % dans la limite de 3 500 € par an (ou 7 000 € pour une personne invalide).


Comment se déroule concrètement l’évaluation GIR ?

La demande d’évaluation

L’évaluation est déclenchée par une demande d’APA auprès du Conseil Départemental. Elle peut être initiée par :

  • La personne âgée elle-même
  • Sa famille ou son représentant légal
  • Son médecin traitant
  • Un assistant social

La visite à domicile ou en établissement

Une équipe médico-sociale se déplace au domicile de la personne (ou en EHPAD). La visite dure généralement entre 45 minutes et 1h30. L’évaluateur observe et questionne la personne sur ses capacités réelles, pas sur ses capacités théoriques.

Point important : L’évaluation doit porter sur ce que la personne fait réellement, et non sur ce qu’elle pourrait faire. Une personne qui refuse de se laver seule par peur de tomber sera évaluée sur cette réalité concrète.

La notification de décision

Après l’évaluation, le Conseil Départemental dispose de deux mois pour notifier sa décision. La notification précise :

  • Le niveau GIR attribué
  • Le plan d’aide proposé (nombre d’heures, types d’interventions)
  • Le montant de l’APA accordé
  • Le ticket modérateur à la charge de la personne

Le droit de recours

Si le GIR attribué semble sous-évalué, la personne ou sa famille peut :

  1. Demander une révision auprès du Conseil Départemental en cas de changement de situation
  2. Former un recours gracieux auprès du président du Conseil Départemental
  3. Saisir le tribunal administratif en cas de litige persistant

GIR et assurance dépendance : un lien crucial

Comment les assureurs utilisent le GIR

La grande majorité des contrats d’assurance dépendance en France utilisent la grille AGGIR comme référence pour déclencher les garanties. Deux types de couverture existent :

La dépendance totale uniquement : Le contrat se déclenche uniquement à partir du GIR 1 ou GIR 2. C’est la formule la plus courante et la moins chère.

La dépendance partielle incluse : Le contrat couvre également les GIR 3 et 4. Cette formule est plus complète mais aussi plus coûteuse.

Pour comprendre les différences entre ces deux types de couverture, consultez notre article sur la dépendance partielle et totale en assurance.

Un exemple chiffré concret

Prenons l’exemple de M. Rousseau, 68 ans, qui a souscrit une assurance dépendance avec rente mensuelle de 1 500 € en cas de dépendance totale (GIR 1 ou 2) et 750 € en cas de dépendance partielle (GIR 3 ou 4).

À 81 ans, il est évalué GIR 3. Son assurance lui verse 750 € par mois. Combinés à l’APA de GIR 3 (plafond 1 093,80 €, avec participation selon ses ressources), il peut financer environ 40 à 50 heures d’aide à domicile par mois, ce qui lui permet de rester chez lui dans de bonnes conditions.

Si son état se dégrade et qu’il passe en GIR 2, sa rente d’assurance passe à 1 500 € et l’APA atteint son plafond de 1 517,40 €. Ces ressources combinées peuvent largement couvrir une présence à domicile renforcée ou contribuer significativement au financement d’un EHPAD.

Pour choisir le bon moment pour souscrire une assurance dépendance et optimiser le rapport cotisation/garantie, consultez notre guide sur l’âge idéal pour souscrire.


Les erreurs fréquentes lors de l’évaluation GIR

Minimiser ses difficultés par pudeur ou fierté

C’est l’une des erreurs les plus fréquentes. Lors de l’évaluation, certaines personnes âgées tendent à minimiser leurs difficultés, par honte ou par volonté de paraître autonomes. Or, un GIR sous-évalué entraîne des aides insuffisantes.

Conseil pratique : Préparez l’évaluation avec la personne âgée en listant concrètement toutes les difficultés du quotidien. La présence d’un proche lors de la visite peut aider à compléter les informations.

Confondre capacité et réalité

La grille évalue ce que la personne fait réellement, pas ce qu’elle pourrait faire dans l’absolu. Si elle ne sort plus seule par peur de tomber, même si elle en est physiquement capable, cette réalité doit être prise en compte.

Ne pas demander de révision après une aggravation

Le GIR n’est pas figé. Si l’état de santé se dégrade, une révision peut être demandée à tout moment. Beaucoup de familles ignorent ce droit et continuent avec un plan d’aide insuffisant.


GIR et maintien à domicile : organiser les aides concrètement

Le maintien à domicile est possible jusqu’à des niveaux de dépendance relativement avancés (GIR 2 voire GIR 1 avec des dispositifs renforcés), à condition d’organiser correctement les interventions.

Pour un GIR 4, un plan d’aide typique peut inclure :

  • 2 passages d’aide à domicile par jour (matin et soir) pour la toilette et les repas
  • Une aide-ménagère 2 fois par semaine
  • Un portage de repas à midi
  • Des équipements d’adaptation du logement (barres d’appui, siège de douche)

Pour un GIR 2, les besoins sont beaucoup plus importants :

  • Présence quasi-continue (aide à domicile + famille + auxiliaire de vie de nuit)
  • Soins infirmiers réguliers
  • Matériel médical spécialisé (lit médicalisé, lève-personne)

Pour découvrir toutes les aides disponibles pour le maintien à domicile, consultez notre guide des aides financières pour le maintien à domicile.


FAQ

Qui peut demander une évaluation GIR et comment ?

Toute personne âgée de 60 ans ou plus peut demander une évaluation GIR dans le cadre d’une demande d’APA. La demande se fait auprès du Conseil Départemental du lieu de résidence, par courrier, en ligne sur le site du département, ou via un travailleur social. Il n’est pas nécessaire d’être en situation de dépendance avancée pour faire la demande : même un GIR 4 ouvre des droits significatifs. La famille ou le représentant légal peut effectuer la démarche à la place de la personne âgée si celle-ci n’est pas en mesure de le faire elle-même. L’évaluation est gratuite et sans engagement.

Peut-on contester le GIR attribué et comment faire ?

Oui, absolument. Si vous estimez que le GIR attribué ne reflète pas la réalité de la situation, plusieurs voies de recours existent. La première étape est le recours gracieux : vous adressez un courrier motivé au président du Conseil Départemental dans les deux mois suivant la notification. Joignez tous les documents médicaux utiles (certificats du médecin traitant, comptes-rendus de spécialistes, ordonnances). Si le recours gracieux échoue, vous pouvez saisir le tribunal administratif. Dans la pratique, il est souvent plus efficace de demander une nouvelle évaluation en faisant venir le médecin traitant lors de la visite, ou de demander à ce qu’un médecin de votre choix soit présent.

Le GIR change-t-il automatiquement si l’état de santé s’améliore ou se dégrade ?

Non, le GIR ne change pas automatiquement. Il faut en faire la demande. En cas d’aggravation, la personne ou sa famille peut demander une révision à tout moment auprès du Conseil Départemental. En cas d’amélioration (après une hospitalisation, une rééducation réussie), le Conseil Départemental peut lui-même initier une révision, généralement lors du renouvellement du plan d’aide (tous les 1 à 5 ans selon les départements). Il est important de signaler tout changement significatif de l’état de santé pour adapter les aides en conséquence, que ce soit à la hausse ou à la baisse.

Les GIR 5 et 6 peuvent-ils bénéficier d’aides financières pour le maintien à domicile ?

Oui, même si les GIR 5 et 6 ne sont pas éligibles à l’APA, d’autres aides existent. Les caisses de retraite (CNAV, MSA, AGIRC-ARRCO) proposent des aides via le Plan d’Action Personnalisé (PAP) pour financer des heures d’aide à domicile, des travaux d’adaptation du logement ou des équipements. Les montants varient selon les caisses mais peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros par an. Par ailleurs, le crédit d’impôt de 50 % sur les dépenses de services à la personne s’applique à tous, quel que soit le GIR. Certains départements proposent également des aides locales spécifiques pour les GIR 5 et 6.

Comment le GIR est-il pris en compte dans un contrat d’assurance dépendance ?

Dans la grande majorité des contrats d’assurance dépendance, le GIR sert de critère de déclenchement des garanties. Concrètement, vous devez être reconnu en GIR 1 ou 2 pour percevoir la rente en cas de dépendance totale. Si votre contrat couvre également la dépendance partielle, les GIR 3 et 4 ouvrent droit à une rente réduite (souvent 50 % de la rente totale). La reconnaissance du GIR par le Conseil Départemental suffit généralement comme preuve pour l’assureur, qui peut néanmoins diligenter sa propre expertise médicale. Il est donc fondamental de bien lire les conditions générales de votre contrat pour savoir exactement à partir de quel GIR les garanties s’activent, et si la dépendance partielle est incluse ou non.

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