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Comment financer son entrée en EHPAD quand on n'a pas les moyens ?

Comment financer son entrée en EHPAD quand on n'a pas les moyens ?

Faire face à l’entrée en EHPAD est une épreuve émotionnelle et financière pour des milliers de familles françaises chaque année. Le coût moyen d’un séjour en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes dépasse souvent les 2 500 euros par mois, et peut grimper jusqu’à 5 000 euros ou plus dans certaines régions. Quand les ressources sont limitées, la question devient urgente : comment financer cette entrée sans se retrouver dans l’impasse ?

Bonne nouvelle : il existe de nombreux dispositifs publics, aides sociales et solutions complémentaires pour aider les personnes âgées et leurs familles à faire face à ces dépenses. Encore faut-il les connaître et savoir comment les combiner efficacement.

Comprendre le coût réel d’un EHPAD en 2025

Avant de chercher des solutions de financement, il est essentiel de comprendre comment se décompose la facture d’un EHPAD.

Les trois composantes du tarif EHPAD

Le coût d’un EHPAD se divise en trois parties distinctes :

Le tarif hébergement couvre le logement, la restauration, l’animation et les services hôteliers. Il est librement fixé par l’établissement et varie considérablement selon la région et le type d’établissement. En 2025, il oscille en moyenne entre 1 800 et 3 500 euros par mois.

Le tarif dépendance est lié au niveau de perte d’autonomie de la personne, évalué selon la grille AGGIR. Il est partiellement pris en charge par l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA). Ce tarif varie de 50 à 250 euros par mois selon le GIR de la personne.

Le tarif soins est intégralement pris en charge par l’Assurance Maladie. La famille n’a rien à payer sur cette partie.

Exemple concret n°1 : la situation de Madeleine, 84 ans

Madeleine vit dans un EHPAD public en Bretagne. Sa pension de retraite s’élève à 900 euros par mois. Le coût total de son hébergement est de 2 400 euros par mois (hébergement + dépendance). Son reste à charge sans aide serait de 1 500 euros. Avec les dispositifs d’aide que nous allons détailler, ce reste à charge peut être ramené à moins de 300 euros par mois.

Pour en savoir plus sur la structure tarifaire, consultez notre guide sur le coût d’un EHPAD en France en 2025 : tarifs, aides et reste à charge.

L’APA en établissement : la première aide à mobiliser

L’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) est le pilier central du financement de la dépendance en France. Elle est accordée aux personnes âgées de 60 ans et plus classées en GIR 1 à 4 selon la grille AGGIR.

Comment fonctionne l’APA en EHPAD ?

En établissement, l’APA prend en charge une partie du tarif dépendance fixé par l’EHPAD. Le montant de l’aide varie selon :

  • Le niveau de dépendance (GIR 1 à 4)
  • Les ressources de la personne âgée
  • Le tarif dépendance de l’établissement

En 2025, les plafonds mensuels de l’APA en établissement sont les suivants :

  • GIR 1 et 2 : environ 700 euros par mois
  • GIR 3 et 4 : environ 350 euros par mois

La participation financière du bénéficiaire est calculée en fonction de ses revenus. En dessous de 2 416 euros de revenus mensuels (plafond 2025), la personne bénéficie de l’APA à taux plein. Au-delà, une participation progressive est demandée.

Pour comprendre en détail le fonctionnement de l’APA, consultez notre guide dédié : Comment fonctionne l’APA – Allocation Personnalisée d’Autonomie.

L’Aide Sociale à l’Hébergement (ASH) : le filet de sécurité essentiel

L’Aide Sociale à l’Hébergement est sans doute le dispositif le plus méconnu et pourtant le plus puissant pour les personnes aux revenus modestes.

Qui peut en bénéficier ?

L’ASH est accordée par le Conseil Départemental aux personnes âgées dont les ressources sont insuffisantes pour payer leur hébergement en EHPAD. Elle prend en charge la différence entre le coût de l’hébergement et ce que la personne peut réellement payer.

Pour en bénéficier, il faut :

  • Être âgé de 65 ans ou plus (60 ans en cas d’inaptitude au travail)
  • Résider légalement en France
  • Être hébergé dans un EHPAD habilité à recevoir des bénéficiaires de l’aide sociale
  • Avoir des ressources insuffisantes pour couvrir les frais d’hébergement

Le mécanisme de l’obligation alimentaire

L’ASH déclenche automatiquement l’obligation alimentaire. Concrètement, le département peut demander aux enfants, petits-enfants, gendres et belles-filles de participer financièrement aux frais d’hébergement. Cette contribution est calculée en fonction des revenus de chaque obligé alimentaire.

Attention : si la personne aidée possède un patrimoine (maison, épargne), le département peut exercer un recours sur succession après le décès pour récupérer les sommes versées.

Exemple concret n°2 : le cas de Robert, 79 ans

Robert perçoit 850 euros de retraite par mois. Son EHPAD coûte 2 200 euros par mois (tarif hébergement uniquement). Après déduction de l’APA (environ 400 euros pour un GIR 3), le reste à charge est de 1 800 euros. Robert ne peut payer que 800 euros (ses revenus, desquels on lui laisse un minimum légal de 30%). Le département prend en charge les 1 000 euros restants via l’ASH. Ses deux enfants sont sollicités à hauteur de 150 euros chacun par mois via l’obligation alimentaire.

Pour connaître toutes les conditions d’accès à ce dispositif, lisez notre article : Quelles sont les conditions pour bénéficier de l’aide sociale à l’hébergement (ASH) en EHPAD ?

Les aides complémentaires souvent ignorées

Au-delà de l’APA et de l’ASH, plusieurs dispositifs supplémentaires peuvent alléger considérablement la facture.

L’Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées (ASPA)

Anciennement appelée “minimum vieillesse”, l’ASPA garantit un revenu minimum aux personnes de plus de 65 ans ayant de faibles pensions. En 2025, son montant maximal est de 1 012,02 euros par mois pour une personne seule.

Cette allocation est cumulable avec l’APA et peut être versée même en EHPAD. Elle est soumise à un recours sur succession si l’actif net de la succession dépasse 100 000 euros.

Les aides des caisses de retraite

Beaucoup de retraités ignorent que leur caisse de retraite peut les aider à financer leur entrée en EHPAD. La CARSAT (Caisse d’Assurance Retraite et de la Santé au Travail) propose des aides ponctuelles ou régulières aux retraités du régime général confrontés à des difficultés financières liées à la dépendance.

Ces aides sont attribuées sous conditions de ressources et d’autonomie. Il faut en faire la demande directement auprès de sa caisse de retraite.

L’aide au logement en EHPAD (APL ou ALS)

Les résidents en EHPAD peuvent bénéficier de l’Aide Personnalisée au Logement (APL) ou de l’Allocation de Logement Sociale (ALS) selon les établissements. En 2025, ces aides peuvent représenter entre 80 et 150 euros par mois selon les ressources du résident.

Pour en bénéficier, l’EHPAD doit avoir signé une convention avec la CAF. La demande se fait directement auprès de la Caisse d’Allocations Familiales.

La réduction d’impôt pour frais d’hébergement

Les personnes imposables peuvent bénéficier d’une réduction d’impôt égale à 25% des dépenses d’hébergement (hébergement + dépendance), dans la limite de 10 000 euros par an, soit une réduction maximale de 2 500 euros par an. Cette réduction est non remboursable : elle ne s’applique qu’aux personnes effectivement imposables.

Le rôle de la famille dans le financement

L’obligation alimentaire : comprendre ses droits et devoirs

L’obligation alimentaire est souvent vécue comme une contrainte, mais elle peut aussi être organisée de manière équitable entre les membres de la famille. Le juge aux affaires familiales peut fixer la contribution de chacun en tenant compte des revenus, des charges et de la situation personnelle de chaque obligé alimentaire.

Il est possible de demander une dispense ou une réduction de contribution si l’on peut prouver des difficultés financières personnelles.

La mise en place d’une aide familiale organisée

Même sans ASH, la famille peut s’organiser pour contribuer au financement de l’EHPAD. Cette participation peut prendre différentes formes :

  • Virement mensuel direct à l’établissement
  • Mise en place d’une donation ou d’un prêt familial
  • Utilisation du patrimoine de la personne âgée (vente du logement, déblocage d’épargne)

La vente ou la mise en location du logement

Si la personne âgée est propriétaire de son logement, la mise en location de ce bien peut générer des revenus complémentaires significatifs. Dans certains cas, la vente du logement permet de constituer un capital pour financer plusieurs années d’hébergement.

Attention : la vente du logement peut avoir un impact sur l’éligibilité à certaines aides sociales. Il est conseillé de se faire accompagner par un conseiller juridique ou un notaire avant toute décision.

L’assurance dépendance : l’anticipation qui change tout

Si la personne n’est pas encore en situation de dépendance ou si la famille cherche à anticiper pour l’avenir, souscrire une assurance dépendance reste la solution la plus efficace pour éviter de se retrouver sans ressources face au coût d’un EHPAD.

Comment fonctionne une assurance dépendance ?

Une assurance dépendance verse une rente mensuelle en cas de perte d’autonomie, permettant de financer tout ou partie des frais d’hébergement. Les prestations varient selon le contrat et le niveau de dépendance reconnu.

Pour comprendre les différents niveaux de dépendance couverts, consultez notre guide : Qu’est-ce que la dépendance partielle et totale en assurance ? Définitions et garanties.

Exemple concret n°3 : l’impact d’une assurance dépendance souscrite à 55 ans

Jeanne a souscrit une assurance dépendance à 55 ans pour une cotisation mensuelle de 65 euros. À 82 ans, elle est classée en GIR 2 et entre en EHPAD. Son contrat lui verse une rente de 1 500 euros par mois. Combinée à sa retraite de 1 200 euros et à l’APA de 600 euros, cette rente lui permet de couvrir l’intégralité de ses frais d’hébergement (3 100 euros par mois) sans solliciter ni l’ASH ni ses enfants.

Pour comparer les offres disponibles, consultez notre Comparatif des meilleures assurances dépendance : tarifs et garanties.

Les solutions de financement patrimonial

Le viager et la vente à terme

Le viager permet à une personne âgée de vendre son logement tout en continuant à y habiter (viager occupé) ou non (viager libre). L’acheteur verse un bouquet (capital initial) et une rente mensuelle jusqu’au décès du vendeur. Cette solution peut générer des revenus réguliers pour financer l’EHPAD.

Le prêt viager hypothécaire

Le prêt viager hypothécaire permet d’emprunter une somme d’argent en mettant son logement en garantie, sans avoir à rembourser de son vivant. Le remboursement s’effectue sur la succession. C’est une solution qui permet de mobiliser le capital immobilier sans vendre le bien.

Le démembrement de propriété

Cette technique juridique consiste à séparer la nue-propriété de l’usufruit d’un bien immobilier. Elle peut permettre de générer des liquidités tout en conservant certains droits sur le bien.

Construire une stratégie de financement combinée

La clé pour financer une entrée en EHPAD sans moyens suffisants est de combiner intelligemment plusieurs dispositifs. Voici comment procéder étape par étape.

Étape 1 : évaluer les ressources disponibles

Avant toute démarche, faites l’inventaire complet des ressources de la personne âgée :

  • Pensions de retraite et revenus de remplacement
  • Patrimoine immobilier et financier
  • Droits potentiels à l’ASPA
  • Éventuels contrats d’assurance dépendance ou prévoyance

Étape 2 : demander l’évaluation APA

Contactez le Conseil Départemental pour déclencher l’évaluation du niveau de dépendance via la grille AGGIR. Cette démarche est indispensable pour accéder à l’APA et à l’ASH.

Étape 3 : choisir un EHPAD habilité aide sociale

Si vous envisagez de recourir à l’ASH, assurez-vous que l’établissement choisi est habilité à recevoir des bénéficiaires de l’aide sociale. Tous les EHPAD publics le sont, mais pas tous les établissements privés.

Étape 4 : constituer le dossier d’aide sociale

Le dossier ASH doit être déposé auprès du Conseil Départemental du lieu d’hébergement. Il comprend notamment les justificatifs de ressources, de patrimoine, et les informations sur les obligés alimentaires.

Étape 5 : solliciter les aides complémentaires

N’oubliez pas de demander l’APL ou l’ALS à la CAF, de contacter la caisse de retraite pour d’éventuelles aides supplémentaires, et de vérifier l’éligibilité à la réduction d’impôt.


FAQ

Peut-on entrer en EHPAD sans aucune ressource ?

Oui, c’est possible grâce à l’Aide Sociale à l’Hébergement (ASH). Si une personne âgée ne dispose d’aucune ressource ou de ressources très faibles, le Conseil Départemental prend en charge l’intégralité ou la quasi-totalité des frais d’hébergement dans un EHPAD habilité aide sociale. En pratique, la personne conserve un minimum légal de ressources pour ses dépenses personnelles (environ 30% de ses revenus avec un minimum garanti). L’obligation alimentaire peut être activée pour solliciter une contribution des proches, mais elle est calculée en fonction des capacités financières de chacun. Il est important de noter que l’ASH est soumise à un recours sur succession : si la personne décède en laissant un patrimoine net supérieur à 46 000 euros (seuil variable selon les départements), le département peut récupérer les sommes avancées.

Les enfants sont-ils obligés de payer l’EHPAD de leurs parents ?

Les enfants font partie des obligés alimentaires au titre du Code civil. Cela signifie que le département peut leur demander de contribuer aux frais d’hébergement si leur parent bénéficie de l’ASH. Cependant, cette contribution n’est pas automatique ni illimitée. Elle est calculée par le juge aux affaires familiales ou par le département en tenant compte des revenus, des charges (loyer, crédits, enfants à charge) et de la situation familiale de chaque enfant. Un enfant en difficulté financière peut demander une réduction ou une dispense de contribution. Par ailleurs, les gendres, belles-filles et petits-enfants peuvent également être sollicités, mais ils peuvent être dispensés de cette obligation dans certains cas (divorce, décès du parent intermédiaire, etc.). Il est conseillé de consulter un avocat spécialisé pour connaître précisément ses droits et obligations.

Peut-on refuser de payer l’obligation alimentaire pour un EHPAD ?

Il est possible de contester le montant de l’obligation alimentaire fixé par le département, voire de demander une dispense, mais il n’est pas possible de la refuser purement et simplement sans risque de recours judiciaire. Les motifs de réduction ou de dispense reconnus par les tribunaux incluent : des revenus insuffisants de l’obligé alimentaire, des charges familiales importantes, une rupture de liens familiaux ancienne et documentée (abandon, maltraitance), ou encore des difficultés financières avérées. La procédure se déroule devant le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire. Il est fortement recommandé d’être accompagné par un avocat dans cette démarche. En tout état de cause, le département ne peut pas contraindre un obligé alimentaire à payer au-delà de ses capacités réelles.

Quelles aides peut-on cumuler pour financer un EHPAD ?

Plusieurs aides sont cumulables entre elles pour financer un EHPAD. L’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) est cumulable avec l’ASH (Aide Sociale à l’Hébergement), l’ASPA (Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées), l’APL ou l’ALS (aides au logement), et les aides des caisses de retraite. En revanche, certaines aides ne sont pas cumulables entre elles : l’APL et l’ALS sont mutuellement exclusives, et l’ASPA peut être partiellement récupérée sur succession. La réduction d’impôt pour frais d’hébergement est quant à elle cumulable avec toutes les autres aides, mais ne profite qu’aux personnes imposables. Dans tous les cas, il est recommandé de faire appel à un conseiller spécialisé (travailleur social, CCAS, ou conseiller en gestion de patrimoine) pour optimiser la combinaison des aides en fonction de la situation personnelle.

Que se passe-t-il si l’EHPAD coûte plus cher que toutes les aides combinées ?

Si le reste à charge après toutes les aides reste supérieur aux capacités financières de la personne âgée et de sa famille, plusieurs options s’offrent à vous. La première est de chercher un EHPAD public moins onéreux ou mieux habilité aide sociale, dont les tarifs sont encadrés et souvent inférieurs aux établissements privés. La deuxième option est de mobiliser le patrimoine de la personne âgée : vente du logement, déblocage d’une assurance-vie, mise en place d’un viager ou d’un prêt viager hypothécaire. La troisième piste est de solliciter le Fonds de Solidarité pour le Logement (FSL) ou d’autres fonds d’urgence locaux gérés par les CCAS (Centres Communaux d’Action Sociale). Enfin, si la situation financière le permet, le maintien à domicile avec des aides adaptées peut s’avérer moins coûteux que l’entrée en EHPAD. Notre guide sur le maintien à domicile ou EHPAD : quel choix pour votre proche âgé dépendant ? peut vous aider à peser les deux options.

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