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Droits du résident en EHPAD : charte et obligations de l'établissement

Droits garantis aux résidents en EHPAD par la charte des droits et libertés, recours en cas de manquement.

Les résidents en EHPAD bénéficient de droits fondamentaux garantis par la loi, notamment via la charte des droits et libertés de la personne accueillie. Ces droits couvrent la dignité, la vie privée, la liberté de circulation et le droit à l’information. En cas de manquement de l’établissement, des recours existent à plusieurs niveaux, du dialogue interne jusqu’au tribunal administratif.


Qu’est-ce que la charte des droits et libertés de la personne accueillie en EHPAD ?

La charte des droits et libertés de la personne accueillie est un document officiel créé par l’arrêté du 8 septembre 2003. Elle s’applique à tous les établissements et services médico-sociaux, dont les EHPAD.

Elle liste 11 droits fondamentaux que tout résident peut invoquer dès son entrée. Son affichage est obligatoire dans l’établissement, et sa remise au résident (ou à son représentant légal) est prévue lors de l’admission.

Ce n’est pas un simple document symbolique : ses principes ont une valeur juridique et peuvent être invoqués en cas de litige.

Quels sont les 11 droits fondamentaux reconnus par la charte ?

Voici les grands principes garantis par la charte :

  • Principe de non-discrimination : aucune distinction fondée sur l’origine, le sexe, la religion ou le handicap
  • Droit à une prise en charge de qualité : soins adaptés à l’état de santé et au projet de vie
  • Droit à l’information : sur les droits, les soins, les tarifs et les recours disponibles
  • Principe du libre choix : participation aux décisions qui concernent la prise en charge
  • Droit à la renonciation : refus de traitements ou de prestations non obligatoires
  • Droit au respect de la dignité, de l’intimité et de la vie privée
  • Droit à l’autonomie : liberté de circulation à l’intérieur et à l’extérieur de l’établissement
  • Principe de prévention et de soutien : accompagnement face aux difficultés sociales, familiales ou psychologiques
  • Droit à l’exercice des droits civiques : vote, expression, liberté de conscience
  • Droit à la pratique religieuse dans le respect de la vie collective
  • Respect des liens familiaux : maintien des relations avec les proches

Quelles sont les obligations légales d’un EHPAD envers ses résidents ?

Les obligations d’un EHPAD vont au-delà de la charte. Elles sont encadrées par la loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale, qui impose plusieurs dispositifs obligatoires.

Quels documents l’EHPAD doit-il obligatoirement remettre ?

Dès l’admission, l’établissement a l’obligation de remettre :

  1. Le livret d’accueil, qui présente l’établissement et ses services
  2. La charte des droits et libertés, affichée et remise en main propre
  3. Le règlement de fonctionnement, qui fixe les droits et devoirs en vie collective
  4. Le contrat de séjour, signé dans les 15 jours suivant l’entrée

Le contrat de séjour est particulièrement important : il détaille les prestations, les tarifs, les conditions de résiliation et les engagements réciproques. Si vous souhaitez en connaître tous les points de vigilance, consultez notre guide Comment négocier le contrat de séjour en EHPAD : points à vérifier absolument.

Qu’est-ce que le projet personnalisé de vie et de soins ?

Chaque résident doit bénéficier d’un projet personnalisé, co-construit avec l’équipe soignante. Ce document recense :

  • Les habitudes de vie, les préférences, les activités souhaitées
  • Les objectifs de soin et de maintien de l’autonomie
  • Les modalités de communication avec la famille

Ce projet est révisé régulièrement, au minimum tous les ans, et à chaque changement significatif de l’état de santé.


Comment fonctionne le Conseil de la Vie Sociale en EHPAD ?

Le Conseil de la Vie Sociale (CVS) est une instance représentative obligatoire dans les EHPAD. Il réunit résidents, familles, personnel et direction.

Il se réunit au moins 3 fois par an et donne son avis sur :

  • Le règlement intérieur et les projets de l’établissement
  • L’organisation de la vie quotidienne (restauration, animations, horaires)
  • Les travaux et projets d’évolution de l’établissement

Depuis la loi du 28 décembre 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement, le CVS dispose d’un rôle renforcé et peut être consulté sur les tarifs proposés aux résidents.


Quels droits concrets dans la vie quotidienne en EHPAD ?

Le droit à la vie privée est-il vraiment respecté en EHPAD ?

Oui, c’est une obligation légale. Chaque résident dispose d’un espace privé (sa chambre) que le personnel ne peut pas pénétrer sans autorisation préalable, sauf urgence médicale.

Le résident peut :

  • Personnaliser sa chambre avec ses propres meubles et objets
  • Recevoir des visites à tout moment raisonnable
  • Refuser que certaines personnes aient accès à sa chambre
  • Conserver ses effets personnels et gérer librement ses affaires

Le résident peut-il refuser des soins ?

Oui. Conformément à la loi Leonetti du 22 avril 2005 relative aux droits des malades en fin de vie, tout patient a le droit de refuser un traitement, même si cela met sa vie en danger.

Le refus doit être exprimé clairement. L’équipe médicale est tenue de noter ce refus dans le dossier de soins et de rechercher une alternative acceptable pour le résident.

Pour les personnes sous tutelle ou curatelle, le représentant légal est consulté, mais le bien-être de la personne protégée reste prioritaire.

Quels sont les droits financiers du résident ?

Le résident a le droit de :

  • Connaître à l’avance tous les tarifs applicables
  • Recevoir une facture mensuelle détaillée
  • Bénéficier des aides financières auxquelles il a droit (APL, aide sociale, APA)
  • Contester toute augmentation tarifaire non conforme à la réglementation

Depuis 2023, les EHPAD ont l’obligation de publier leurs tarifs en ligne sur le site Pour les personnes âgées (pour-les-personnes-agees.gouv.fr), ce qui permet aux familles de comparer avant de choisir un établissement.


Quels droits lors d’une hospitalisation ou d’une absence temporaire ?

Lorsqu’un résident doit être hospitalisé, sa chambre doit lui être réservée pendant 30 jours (délai légal). Au-delà, le contrat de séjour précise les modalités.

Pendant une hospitalisation :

  • Le tarif hébergement peut être réduit (selon le règlement)
  • La famille doit être informée dans les meilleurs délais
  • Le lien avec l’équipe soignante de l’EHPAD doit être maintenu

Pour mieux comprendre les implications financières d’une hospitalisation prolongée, notre article Dépendance et hospitalisation : comment préparer le retour à domicile ? vous donnera des repères utiles.


Tableau comparatif : obligations de l’EHPAD selon le type de manquement

Type de manquementDroit concernéRecours prioritaireDélai de réponse attendu
Non-remise du contrat de séjourDroit à l’informationDirection de l’établissementImmédiat
Maltraitance physique ou verbaleDroit à la dignitéARS + Procureur de la RépubliqueUrgence immédiate
Refus de visite familialeDroit aux liens familiauxCVS + Direction48h
Augmentation tarifaire abusiveDroits financiersConseil départemental + DDPPSous 1 mois
Non-respect du projet de soinsDroit à la prise en chargeMédecin coordonnateur + ARS15 jours
Refus d’accès au dossier médicalDroit à l’information médicaleCNIL + ARS8 jours

Quels recours en cas de manquement de l’EHPAD ?

Comment signaler un problème en interne ?

La première étape est toujours le dialogue interne. Contactez :

  1. Le directeur de l’établissement (par écrit, avec accusé de réception)
  2. Le médecin coordonnateur pour les questions de soins
  3. Le Conseil de la Vie Sociale pour les questions de vie quotidienne
  4. La personne qualifiée (médiateur externe désigné par l’ARS)

La personne qualifiée est un acteur souvent méconnu mais très utile : c’est un médiateur indépendant que tout résident ou famille peut solliciter gratuitement pour l’aider à faire valoir ses droits.

Quels sont les recours externes disponibles ?

Si le dialogue interne échoue, plusieurs instances peuvent être saisies :

  • L’ARS (Agence Régionale de Santé) : pour les manquements aux droits des usagers, la qualité des soins ou les conditions d’hygiène
  • Le Conseil départemental : pour les questions d’aide sociale et de financement
  • La DDPP (Direction Départementale de la Protection des Populations) : pour les manquements liés à la restauration ou à la sécurité
  • Le Défenseur des droits (0 809 849 849, gratuit) : pour toute discrimination ou violation des droits fondamentaux
  • Le tribunal judiciaire : en cas de préjudice grave nécessitant réparation

En cas de maltraitance avérée, il ne faut pas hésiter à contacter le 3977 (numéro national de lutte contre la maltraitance des personnes âgées), disponible du lundi au vendredi de 9h à 19h.

Exemples chiffrés de recours aboutis en 2025

Exemple 1 — Tarif non-conforme : En janvier 2025, une famille bretonne a contesté une augmentation de 12% du tarif hébergement en dehors des plafonds autorisés. Après saisine de la DDPP, l’EHPAD a dû rembourser 4 mois de surfacturation, soit environ 1 800 €.

Exemple 2 — Dossier médical refusé : Une famille normande s’est vu refuser l’accès au dossier médical d’un parent sous tutelle pendant plus de 3 semaines. Après signalement à l’ARS, l’établissement a été mis en demeure et a dû transmettre le dossier sous 48h, accompagné d’excuses officielles.

Exemple 3 — Maltraitance verbale : Suite à un signalement au 3977 en octobre 2024, une inspection de l’ARS a confirmé des comportements inappropriés de la part d’un aide-soignant. L’agent a été suspendu et une procédure disciplinaire a été engagée. La famille a obtenu réparation via le médiateur interne sans procédure judiciaire.


Comment anticiper ces problèmes avant l’entrée en EHPAD ?

La meilleure protection reste la préparation en amont. Avant de signer le contrat de séjour, vérifiez :

  • Les derniers résultats de l’inspection de l’ARS (disponibles en ligne)
  • La composition et l’activité du CVS (demandez les comptes-rendus des 2 dernières années)
  • Le taux d’encadrement soignant (idéalement > 0,6 équivalent temps plein par résident)
  • Les avis des résidents et des familles sur les plateformes spécialisées

Pensez également à désigner une personne de confiance dès l’admission. Cette personne (ami, proche, mandataire) sera consultée si le résident ne peut plus s’exprimer et peut accompagner les démarches de recours.

Pour anticiper le financement et éviter que les coûts soient une source de pression supplémentaire, notre guide Reste à charge en EHPAD : comment le réduire efficacement vous donnera toutes les pistes disponibles.

Enfin, si vous avez souscrit une assurance dépendance, vérifiez que votre contrat couvre bien l’entrée en EHPAD et dans quelles conditions les garanties s’activent. Retrouvez un panorama complet dans notre FAQ : que couvre réellement une assurance dépendance totale et partielle ?


Questions fréquentes

La charte des droits en EHPAD est-elle obligatoire ?

Oui, son affichage et sa remise au résident sont obligatoires depuis l’arrêté du 8 septembre 2003. Tout établissement médico-social accueillant des personnes âgées doit la respecter, qu’il soit public, privé associatif ou commercial.

Un résident peut-il quitter l’EHPAD quand il le souhaite ?

Oui, sauf si une mesure de protection juridique (tutelle) ou une décision médicale motivée le restreint. Le résident a le droit de sortir librement dans la mesure où sa sécurité n’est pas compromise. Le règlement intérieur peut encadrer les sorties nocturnes, mais ne peut pas les interdire systématiquement.

Que faire si l’EHPAD refuse de communiquer le dossier médical ?

Le résident (ou son représentant légal) a un droit d’accès au dossier médical dans un délai maximum de 8 jours pour les données récentes et 2 mois pour les données de plus de 5 ans. En cas de refus, la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) ou la CNIL peut être saisie gratuitement.

Les familles ont-elles des droits en EHPAD ?

Les familles n’ont pas de droits propres sur la prise en charge — seul le résident (ou son représentant légal) en est titulaire. Cependant, elles peuvent participer au CVS, être informées de l’état de santé de leur proche (avec son accord), et jouer un rôle de soutien dans les recours. La personne de confiance désignée par le résident a quant à elle des droits spécifiques inscrits dans le contrat de séjour.

Existe-t-il un délai pour contester une décision de l’EHPAD ?

Pour les décisions tarifaires, le délai de recours est généralement de 2 mois à compter de la notification. Pour les manquements aux droits fondamentaux, il n’existe pas de délai strict, mais agir rapidement renforce la crédibilité du recours. En cas de maltraitance, le signalement peut être fait à tout moment, sans délai de prescription à court terme.

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