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Plan d'épargne retraite (PER) et dépendance : peut-on tout miser sur son épargne ?

Plan d'épargne retraite (PER) et dépendance : peut-on tout miser sur son épargne ?

Plan d’épargne retraite (PER) et dépendance : peut-on tout miser sur son épargne ?

Le Plan d’épargne retraite (PER) est devenu en quelques années l’un des placements préférés des Français pour préparer leur avenir. Flexible, fiscalement avantageux, il séduit des millions d’épargnants qui y voient une solution idéale pour financer leur retraite… et parfois, leur dépendance. Mais peut-on réellement compter sur son PER pour faire face aux coûts colossaux d’une perte d’autonomie ? La réponse mérite une analyse sérieuse et nuancée.

Le PER en bref : un outil puissant, mais conçu pour la retraite

Qu’est-ce que le Plan d’épargne retraite ?

Créé par la loi PACTE de 2019, le Plan d’épargne retraite (PER) a remplacé les anciens dispositifs d’épargne retraite (PERP, Madelin, PERCO). Il se décline en trois formes :

  • Le PER individuel (PERIN), accessible à tous
  • Le PER collectif (PERCOL), proposé par les entreprises
  • Le PER obligatoire (PERO), mis en place par certains employeurs pour des catégories de salariés

L’objectif premier du PER est de constituer une épargne long terme pour compléter la retraite par répartition. Les versements sont déductibles du revenu imposable (dans certaines limites), et le capital peut être récupéré en rente ou en capital au moment du départ à la retraite.

En 2025, on estime que plus de 10 millions de Français détiennent un PER, pour un encours total dépassant les 100 milliards d’euros. C’est un succès indéniable.

Les avantages fiscaux du PER

Le PER offre une déduction fiscale à l’entrée. Concrètement, si vous versez 5 000 € par an sur votre PER et que vous êtes imposé à 30 %, vous économisez 1 500 € d’impôts. Sur 20 ans, l’effet est significatif.

À la sortie, la fiscalité dépend du mode de déblocage :

  • En capital : les versements volontaires sont imposés à l’impôt sur le revenu, les plus-values au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %
  • En rente viagère : imposition selon le régime des rentes à titre onéreux

C’est un outil de capitalisation efficace. Mais est-il adapté à la dépendance ?

La dépendance en France : des coûts qui explosent

Des chiffres qui donnent le vertige

Avant de savoir si le PER peut financer la dépendance, il faut mesurer l’ampleur du défi financier.

En 2025, le coût moyen d’un séjour en EHPAD en France est estimé entre 2 500 et 4 000 € par mois, selon la région et le type d’établissement. En Île-de-France, certains EHPAD affichent des tarifs dépassant 5 000 à 6 000 € mensuels.

Consultez notre guide détaillé : Coût d’un EHPAD en France en 2024 : tarifs, aides et reste à charge

Le maintien à domicile, souvent présenté comme une alternative moins coûteuse, peut lui aussi atteindre des sommes importantes : entre 1 500 et 3 500 € par mois pour une personne très dépendante nécessitant plusieurs heures d’aide quotidienne.

Or, la pension de retraite moyenne en France s’établit autour de 1 500 € brut par mois. L’écart entre les revenus et les coûts réels de la dépendance est donc considérable.

Combien de temps dure la dépendance ?

La durée moyenne de la dépendance en France est estimée à 3,5 à 4 ans pour une dépendance lourde. Mais certaines maladies comme Alzheimer peuvent entraîner une prise en charge sur 8 à 12 ans.

Cas pratique n°1 : Martine, 78 ans, entre en EHPAD suite à une maladie d’Alzheimer diagnostiquée à 74 ans. Elle y reste 9 ans, au coût moyen de 3 200 €/mois. Le coût total de sa prise en charge s’élève à 345 600 €. Après déduction de l’APA et des aides, son reste à charge représente environ 180 000 à 220 000 €.

Ce chiffre donne une idée concrète de l’effort financier à fournir.

PER et dépendance : ce que permet vraiment le dispositif

Le PER peut être débloqué anticipativement en cas de dépendance

C’est l’un des points les plus méconnus du PER : il existe des cas de déblocage anticipé, c’est-à-dire avant l’âge de la retraite. Parmi eux figurent :

  • L’invalidité (de l’assuré, de son conjoint ou de ses enfants)
  • Le décès du conjoint ou du partenaire de PACS
  • L’expiration des droits au chômage
  • La cessation d’activité non salariée suite à liquidation judiciaire
  • Le surendettement
  • L’acquisition de la résidence principale

Mais attention : la dépendance stricto sensu n’est pas un motif de déblocage anticipé prévu par la loi. C’est un point crucial souvent ignoré des épargnants.

En revanche, si la dépendance s’accompagne d’une invalidité de 2ème ou 3ème catégorie reconnue par la Sécurité sociale, le déblocage anticipé est possible. Mais ce n’est pas automatique.

Utiliser le PER comme réserve financière à la retraite

La stratégie la plus courante consiste à liquider son PER au moment de la retraite, puis à utiliser le capital ou la rente pour financer les besoins futurs, y compris la dépendance.

Cas pratique n°2 : Jean-Pierre a versé 300 € par mois sur son PER pendant 25 ans, soit 90 000 € de versements. Avec un rendement moyen de 4 % par an, son capital à 65 ans atteint environ 158 000 €. S’il opte pour une rente viagère, il perçoit environ 600 à 700 € par mois à vie. Cette somme peut partiellement financer une aide à domicile ou contribuer au financement d’un EHPAD.

Mais face à un reste à charge de 1 500 à 2 500 €/mois en EHPAD, cette rente ne suffit pas à couvrir l’intégralité des besoins.

Les limites du PER face à la dépendance

Le risque de longévité : épuiser son capital trop tôt

L’un des dangers majeurs de miser uniquement sur son PER pour financer la dépendance est le risque de longévité. Si vous liquidez votre PER en capital à 65 ans et que vous devenez dépendant à 85 ans, il est très probable que votre épargne soit déjà épuisée, utilisée pour financer votre train de vie pendant 20 ans.

Cas pratique n°3 : Sylvie a récupéré 120 000 € de son PER à 63 ans. Elle dépense en moyenne 1 500 €/mois pour compléter sa retraite. À 83 ans, son capital est entièrement consommé. Elle devient dépendante à 84 ans et doit faire face à des frais d’EHPAD de 2 800 €/mois avec une pension de 1 400 €. Le reste à charge mensuel de 1 400 € ne peut plus être financé par ses économies.

Ce scénario illustre parfaitement le piège du tout-épargne.

L’aléa de la dépendance : un risque non mutualisé

L’assurance repose sur un principe fondamental : la mutualisation des risques. Avec une assurance dépendance, des millions d’assurés cotisent, mais seule une partie d’entre eux deviendra effectivement dépendante. Ceux qui ne le deviennent pas “financent” ceux qui en ont besoin.

Avec un PER, vous êtes seul face à votre épargne. Si vous devenez très dépendant pendant de nombreuses années, votre capital sera insuffisant. Si vous ne devenez jamais dépendant, vous aurez “sur-épargné” pour rien.

L’épargne ne mutualise pas le risque : elle le supporte individuellement.

La fiscalité à la sortie : un coût souvent sous-estimé

Lorsque vous retirez votre capital PER à la retraite, les sommes issues des versements déductibles sont imposées à l’impôt sur le revenu. Pour un retraité avec une pension de 1 800 €/mois et un retrait de 100 000 € en capital, la facture fiscale peut atteindre 15 000 à 25 000 €, réduisant d’autant le capital disponible.

Ce coût fiscal doit être anticipé dans toute stratégie de financement de la dépendance via le PER.

PER et assurance dépendance : une complémentarité indispensable

Pourquoi l’assurance dépendance reste irremplaçable

L’assurance dépendance offre ce que le PER ne peut pas garantir : une rente certaine en cas de perte d’autonomie, quelle que soit la durée de la dépendance.

Pour comprendre les différentes formes que peut prendre la perte d’autonomie, consultez notre guide : Qu’est-ce que la dépendance partielle et totale en assurance ? Définitions et garanties

Une assurance dépendance souscrite à 50 ans pour une cotisation de 80 à 120 €/mois peut garantir une rente de 1 000 à 1 500 €/mois en cas de dépendance totale. Ce montant est versé à vie, sans limite dans le temps, et sans risque d’épuisement du capital.

C’est précisément ce que l’épargne seule ne peut pas garantir.

La stratégie optimale : combiner PER et assurance dépendance

Les experts en prévoyance s’accordent sur une approche mixte :

1. Le PER pour la retraite : constituer un complément de revenu pour maintenir son niveau de vie après la cessation d’activité

2. L’assurance dépendance pour le risque spécifique : couvrir le surcoût lié à la perte d’autonomie, sans ponctionner l’épargne retraite

3. L’épargne liquide pour les imprévus : garder une réserve accessible pour les dépenses ponctuelles

Cette approche en trois piliers permet de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

Pour comparer ces deux approches, lisez notre article dédié : Assurance dépendance vs épargne retraite : quelle solution choisir pour ses vieux jours ?

À quel âge agir ?

La question du timing est déterminante. Pour le PER, plus vous commencez tôt, plus l’effet des intérêts composés est puissant. Pour l’assurance dépendance, les cotisations sont d’autant plus faibles que vous souscrivez jeune.

Souscrit à 45 ans, une assurance dépendance coûte en moyenne 60 à 90 €/mois. À 60 ans, la même garantie peut coûter 150 à 250 €/mois. À 70 ans, certains assureurs refusent même la souscription ou imposent des exclusions importantes.

Les aides publiques : un filet de sécurité insuffisant

L’APA : une aide utile mais plafonnée

L’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) est la principale aide publique pour les personnes dépendantes. En 2025, son montant maximum à domicile varie selon le niveau de dépendance (GIR 1 à 4) :

  • GIR 1 : jusqu’à environ 1 800 €/mois
  • GIR 2 : jusqu’à environ 1 400 €/mois
  • GIR 3 : jusqu’à environ 1 000 €/mois
  • GIR 4 : jusqu’à environ 670 €/mois

Ces montants sont soumis à une participation financière du bénéficiaire selon ses revenus. Et en EHPAD, l’APA est versée directement à l’établissement, sans couvrir la totalité des frais.

Pour en savoir plus sur le fonctionnement de l’APA : Guide des aides financières pour maintien à domicile des personnes âgées

L’aide sociale à l’hébergement (ASH) : le dernier recours

Pour les personnes ne disposant pas de ressources suffisantes pour financer leur EHPAD, l’Aide Sociale à l’Hébergement (ASH) peut intervenir. Mais elle implique une obligation alimentaire pour les enfants et petits-enfants, et peut conduire à la récupération sur succession.

Ce n’est pas une solution sereine pour préserver son patrimoine.

Ce que disent les professionnels du secteur en 2025

Le bilan de la réforme du grand âge

La réforme du financement de la dépendance, attendue depuis plusieurs années, peine à se concrétiser en France. En 2025, le débat autour d’une cinquième branche de la Sécurité sociale dédiée à la perte d’autonomie reste ouvert, mais les financements publics demeurent insuffisants face à l’ampleur du défi démographique.

D’ici 2050, le nombre de personnes dépendantes en France devrait doubler, passant d’environ 1,3 million à plus de 2,5 millions. Le coût global de la dépendance pourrait atteindre 60 à 80 milliards d’euros par an.

Dans ce contexte, s’en remettre uniquement à l’épargne individuelle ou aux aides publiques relève d’une prise de risque considérable.

Le rôle croissant de la prévoyance collective

De plus en plus d’entreprises intègrent des garanties dépendance dans leurs contrats de prévoyance collectifs. C’est une opportunité souvent négligée par les salariés, qui bénéficient ainsi d’une couverture à moindre coût, financée partiellement par l’employeur.

Pour en savoir plus : Assurance dépendance collective en entreprise : avantages et limites pour les salariés


Synthèse : le PER, un outil utile mais insuffisant seul

Le Plan d’épargne retraite est un excellent outil de constitution de patrimoine et de complément de retraite. Ses avantages fiscaux, sa flexibilité et ses options de sortie en font un placement incontournable dans toute stratégie patrimoniale.

Mais miser uniquement sur son PER pour financer la dépendance est une stratégie risquée pour plusieurs raisons :

  • Le capital peut s’épuiser avant la fin de la dépendance
  • La dépendance n’est pas un motif de déblocage anticipé automatique
  • La fiscalité à la sortie réduit le capital disponible
  • Le risque n’est pas mutualisé, contrairement à l’assurance

La solution optimale passe par une approche combinée : PER pour la retraite, assurance dépendance pour le risque spécifique de perte d’autonomie, et épargne de précaution pour les imprévus.

Ne laissez pas le risque de dépendance compromettre votre retraite. Anticipez, diversifiez, et protégez-vous avec les bons outils.


FAQ

Le PER peut-il être débloqué si je deviens dépendant ?

Pas automatiquement. La loi prévoit des cas de déblocage anticipé du PER, mais la dépendance n’en fait pas partie en tant que telle. En revanche, si votre état de dépendance s’accompagne d’une invalidité de 2ème ou 3ème catégorie reconnue par la Sécurité sociale (c’est-à-dire une incapacité à exercer une activité professionnelle quelconque), alors le déblocage anticipé est possible. Il est donc essentiel de vérifier les conditions précises auprès de votre gestionnaire de PER et de ne pas présumer que la dépendance ouvre automatiquement ce droit.

Combien faut-il épargner sur un PER pour financer sa dépendance ?

Pour couvrir un reste à charge de 1 500 €/mois pendant 5 ans (durée moyenne de dépendance lourde), il faudrait disposer d’un capital d’environ 90 000 € au moment de la dépendance. Mais si la dépendance dure 10 ans, c’est 180 000 € qu’il faudra mobiliser, sans compter l’inflation. Or, ce capital aura souvent déjà été partiellement utilisé pour financer la retraite. C’est pourquoi l’épargne seule est rarement suffisante, et l’assurance dépendance vient compléter efficacement ce dispositif en garantissant une rente à vie.

Vaut-il mieux une rente ou un capital à la sortie du PER pour financer la dépendance ?

Les deux options ont leurs avantages. La rente viagère offre une sécurité à long terme : elle est versée jusqu’au décès, sans risque d’épuisement. C’est particulièrement pertinent pour les personnes sans assurance dépendance. Le capital offre plus de flexibilité : vous pouvez l’utiliser selon vos besoins, le placer, le transmettre. Mais il peut s’épuiser. Pour financer la dépendance, la rente est souvent préférable car elle garantit un revenu régulier quelle que soit la durée de la prise en charge. Une stratégie mixte (une partie en rente, une partie en capital) peut également être envisagée.

Quelle est la différence entre un PER et une assurance dépendance ?

Le PER est un produit d’épargne : vous constituez un capital que vous récupérez à la retraite sous forme de rente ou de capital. Il n’est pas spécifiquement conçu pour la dépendance et ne garantit pas de prestations en cas de perte d’autonomie. L’assurance dépendance est un produit de prévoyance : vous cotisez pour bénéficier d’une rente mensuelle garantie si vous devenez dépendant. Si vous ne devenez jamais dépendant, les cotisations sont “perdues” (comme une assurance auto). Ces deux produits répondent à des logiques différentes et sont complémentaires. Pour une protection optimale, il est recommandé de combiner les deux.

À partir de quel âge est-il trop tard pour souscrire une assurance dépendance ?

Il n’y a pas d’âge légal limite, mais en pratique, la plupart des assureurs refusent les nouvelles souscriptions au-delà de 75 à 80 ans, et imposent des questionnaires de santé de plus en plus stricts avec l’âge. Dès 65 ans, les cotisations deviennent significativement plus élevées et certaines exclusions peuvent s’appliquer. L’âge idéal pour souscrire se situe entre 45 et 60 ans : les cotisations sont encore accessibles, la santé généralement bonne, et la couverture est complète. Attendre trop longtemps expose au risque de ne plus pouvoir souscrire ou de payer des primes très élevées. Plus vous agissez tôt, plus la protection est efficace et économique.

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